20.05.2020 | sia online | Communication SIA

La conjoncture en berne au deuxième trimestre 2020

Le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’EPFZ estime que la valeur ajoutée produite par la Suisse entre mai et juin 2020 connaîtra un recul de 22 à 35 milliards de francs – de sombres perspectives qui ne tranchent guère avec les estimations des concepteurs.

Le KOF a identifié les trois causes majeures de ce ralentissement – la situation internationale, les mesures de confinement en Suisse et les arrêts de travail pour cause de maladie (quarantaine incluse) – et a dégagé quatre scénarios exposant les possibles conséquences économiques à court terme de la pandémie de COVID-19 sur l’économie suisse. Le moins favorable, basé sur un confinement de deux mois et une reprise très prudente, prédit des pertes de 35 milliards de francs.

La construction largement épargnée
Dans ce contexte particulièrement tendu, les conséquences de la crise sanitaire sur la construction devraient rester relativement bénignes – à condition toutefois que le nombre de travailleurs mis en quarantaine ne soit pas trop élevé et que la demande domestique se maintienne. En effet, la construction a bénéficié de son assez grande indépendance par rapport aux développements des marchés internationaux. Si, sur le papier, leur secteur est peu affecté, les concepteurs affichent néanmoins un moral en baisse dans le sondage effectué par le KOF en avril 2020. S’ils sont encore 38 % à juger la marche des affaires bonne, 49 % l’estiment satisfaisante et 13 % la considèrent mauvaise. Concernant leur situation bénéficiaire au cours des trois derniers mois, elle est qualifiée de dégradée par 19 % des sondés, de stable par 73 % et de meilleure par 9 %. Le volume de commandes, qui s’étalait sur 11,3 mois au premier trimestre 2020, a baissé au second trimestre, passant à 9,9 mois (chiffres apurés des variations saisonnières).
Les bureaux d’études se montrent nettement plus pessimistes quant à l’évolution de la marche des affaires qu’au début de l’année : 51 % des entreprises n’escomptent aucun changement dans les six prochains mois, 45 % s’attendent à une dégradation et seuls 4 % tablent sur une amélioration. En effet, en février 82 % des entreprises estimaient que leur situation économique resterait stable, 5 % qu’elle se dégraderait et 13 % qu’elle s’améliorerait. De même, les chiffres du mois d’avril (apurés des variations saisonnières) concernant la fourniture de prestations attendue, la situation bénéficiaire ainsi que l’évolution de la demande dans les trois prochains mois tombent nettement dans le négatif. Les entreprises sont plus nombreuses à déplorer – outre une pénurie de main d’œuvre, une demande trop faible, des restrictions financières et des ressources techniques insuffisantes – d’autres facteurs freinant la fourniture de prestations. Toutefois, le pourcentage de bureaux ne s’estimant pas entravées à cet égard reste stable, à 27 %.

Baisse de moral chez les architectes
Les bureaux d’architecture se montrent plus pessimistes dans leurs estimations de la situation conjoncturelle et étaient 33 % à la considérer bonne, 48 % à la dire satisfaisante et 19 % à la juger mauvaise au mois d’avril. Par rapport au mois de mars, les bureaux d’architecture ont nettement revu à la baisse leurs attentes relatives à la situation économique, à la fourniture de prestations et à la situation bénéficiaire. Si 51 % des sondés estiment que la demande restera inchangée dans les trois prochains mois, que 44 % s’attendent à une baisse et 7 % à une hausse ; ils étaient encore 74 % à tabler sur une demande stable, 17 % sur une demande en baisse et 11 % à escompter une hausse en mars. Actuellement, 46 % des entreprises affirment qu’une demande insuffisante freine leur activité. Le volume de commandes, qui s’étalait sur 11,5 mois au premier trimestre 2020, a baissé au second trimestre, passant à 10,9 mois (chiffres apurés des variations saisonnières).

Même morosité chez les ingénieurs
Entre mars et avril, les bureaux d’ingénierie ont nettement perdu de leur optimisme. Les entreprises sont 41 % à estimer la marche des affaires bonne, 50 % à la considérer satisfaisante et 9 % à la juger mauvaise. Elles ne sont que 2 % à escompter une amélioration dans les six prochains mois, mais 51 % à penser que le statu quo se maintiendra et 47 % à craindre une détérioration – des chiffres qui contrastent avec ceux du mois de mars, lorsque 80 % n’anticipaient aucun changement de la marche des affaires. L’inquiétude qui transparaît dans ces chiffres se traduit également par des attentes en baisse sur le plan de la situation bénéficiaire, de la fourniture de prestations et de la demande. Le volume de commandes, qui s’étalait sur 11,2 mois au premier trimestre 2020, a baissé au second trimestre, passant à 9,3 mois (chiffres apurés des variations saisonnières). Note positive, la part de sondés déplorant une pénurie de main d’œuvre, qui représentait environ 50 % au cours des 18 derniers mois, s’établit maintenant à 40 %.

Forts effets de rattrapage ou hystérèse à long terme ?
La première option relève du domaine de l’analyse, la seconde du pronostic. Fait est que les deux cas se fondent sur des hypothèses. Dans son compte-rendu, le KOF avance que les pertes à moyen/long terme s’indexeront largement sur l’évolution de la pandémie ainsi que sur les politiques économiques déroulées. Aussi deux variantes sont-elles envisageables, soit de forts effets de rattrapage, soit une hystérèse (ce terme décrit une situation dans laquelle un effet perdure après extinction de sa cause). Thomas Jordan, président de la Banque nationale suisse, a déclaré dans un entretien accordé le 10 mai 2020 à la Sonntagszeitung que la question décisive à l’heure actuelle consiste à savoir si la crise économique entraînée par la pandémie restera limitée dans le temps et sera suivie d’un rapide rétablissement ou s’il faudra compter avec des conséquences sur le long terme. Quelle que soit la crise à l’aune de laquelle on voudra la comparer – Grande Dépression des années 30, deuxième guerre mondiale ou crise pétrolière des années 70 – une chose est sûre : l’économie suisse traversera une mauvaise passe dont tous auront à subir les contrecoups.