Arrêt du projet «La Suisse 2050»: poursuivre la dynamique impulsée

Aarau, le 25 août 2017 Réuni en séminaire le 25 août dernier, le comité de la SIA a décidé de mettre fin au projet «La Suisse 2050. Territoires et Ouvrages». En effet, à ce jour, les fonds nécessaires à son financement n’ont pu être levés. Malgré l’arrêt du projet, la dynamique qu’il a impulsée doit être poursuivie.

Le comité de la SIA a choisi un retour aux sources pour délibérer sur un projet d’avenir. C’est à Aarau, lieu de fondation de la Société il y a 180 ans, que s’est tenu le 25 août dernier son séminaire consacré à «La Suisse 2050.Territoires et Ouvrages», une initiative phare qui aurait défini l’orientation future de la SIA. Ce projet ambitieux, à la croisée de la recherche et de la pratique, devait faire émerger une vision d’avenir du cadre de vie en Suisse à l’horizon 2050 tout en fournissant un cadre d’action aux membres de la SIA. Son financement par des fonds tiers, condition posée dès le départ par le comité, a toutefois semblé hors d’atteinte dans un délai proche. C’est pourquoi, lors de ce séminaire, le comité a décidé d’abandonner le projet. Il reste néanmoins convaincu qu’il est indispensable de s’interroger sur l’avenir du cadre de vie en Suisse. Conjointement avec les sections et les groupes professionnels, il entend à présent évaluer les résultats obtenus et identifier de nouvelles voies pour remplir cette mission essentielle.

L’objectif est juste, la marche à suivre discutable

Sur invitation du comité, quatre experts externes ont porté un regard critique sur «La Suisse 2050». Ils ont mis en lumière les opportunités et les risques que comporte ce projet, afin de permettre au comité de prendre une décision fondée. Benno Singer, CEO du bureau d’ingénieurs EWP, a déclaré qu’il était important que la SIA mène une réflexion sur notre cadre de vie futur, avant d’ajouter: «L’objectif est juste, la marche à suivre discutable.» Il a conseillé de renoncer aux simulations prospectives, affirmant qu’une vision grossière mais correcte valait mieux qu’une vision détaillée mais erronée. Matthias Thoma, responsable du développement territorial et urbain chez Ernst Basler Partner, a émis un avis globalement favorable au projet, tout en le remettant en question: «Répond-il à de vraies attentes?» Plutôt que de viser la globalité, il a suggéré d’adopter une approche plus pragmatique et de développer des champs d’action concrets.

L’architecte Daniel Lischer, président de la fondation Stadtmodell Region Luzern, a enjoint le comité à ajouter une touche de poésie au projet, trop axé sur l’aménagement du territoire à sons sens. Il a également déploré le manque de participation de la population. Estimant qu’il fallait avoir l’audace de s’autoriser des erreurs, il a appelé à accepter de «tomber pour mieux se relever». Le journaliste scientifique Urs Steiger, responsable du programme national de recherche «Utilisation durable de la ressource sol» (PNR 68), a mis en avant le manque de clarté au niveau du positionnement du projet: voulait-on débattre de l’avenir du cadre de vie suisse avec le grand public ou au sein des cercles professionnels concernés? Pour lui, le destinataire est clair: avec un projet de ce type, «la SIA peut œuvrer pour le bien de la Suisse».

Stop, mais...
S’appuyant sur ces considérations, le comité a soupesé avec soin toutes les options s’offrant à lui. Il a jugé que les commentaires des experts étaient majoritairement positifs, mais a également dû reconnaître qu’il n’arrivera pas à réunir l’intégralité des fonds tiers nécessaires au financement du projet – une condition sine qua non qu’il s’était lui-même fixé. Au terme de longues discussions, les neufs membres du comité présents se sont montrés conséquents et ont voté à l’unanimité pour l’arrêt du projet. Dans le même temps, ils sont parvenus à la conclusion qu’il était indispensable que la SIA poursuive une telle démarche prospective. Le comité entend donc prochainement, avec le concours des groupes professionnels et des sections, explorer les voies possibles pour mener à bien cette mission essentielle.


la suisse 2050 - territoires et ouvrages

Mené à grande échelle, le projet de recherche de la SIA porte sur l’avenir des territoires et des ouvrages suisses. Il est issu de la volonté de garantir aussi bien l’échange entre la pratique et la recherche, qu’entre les acteurs publics et privés.

Préserver la qualité de vie en dépit des pressions exercées par le développement, favoriser la durabilité du cadre bâti et naturel, protéger l’environnement, assurer l’efficacité de l’approvisionnement énergétique ou encore garantir la mobilité – tels sont les enjeux fondamentaux d’une approche globale du territoire suisse à l’horizon 2050.

La SIA mesure pleinement le rôle clé qui lui revient dans le développement durable du patrimoine bâti et du cadre de vie en Suisse. De même a-t-elle pleinement conscience de sa responsabilité envers la société de demain. Comment envisager les espaces de vie et les ouvrages de la Suisse à l’horizon 2050, lorsque sa population aura largement dépassé les seuils démographiques actuels ?

 

Penser et planifier la qualité de vie d’une Suisse en pleine croissance

Notre objectif est de définir une stratégie territoriale globale. Un tel projet signifie se préoccuper de l’avenir du patrimoine bâti et du cadre de vie, poser les bases des développements futurs et assurer la pérennité des atouts de la Suisse en apportant une contribution essentielle à la culture du bâti. La volonté est d’obtenir une vision captivante, souhaitée et réalisable de la Suisse à l’horizon 2050.

Aussi avons-nous pris l’initiative de lancer, durant l’été 2015, la phase pilote de « La Suisse 2050 ». Issu de la volonté de garantir aussi bien l’échange entre la pratique et la recherche, qu’entre les acteurs publics et privés, le projet est particulièrement ambitieux et d’importance nationale. Deux groupes de recherche de l’EPFZ travaillent d’ores et déjà dans un esprit d’interdisciplinarité et développent de premiers éléments, un groupe professionnel de la SIA est impliqué. D’autres partenaires internes et externes vont être appelés à rejoindre ce projet de recherche dans la prochaine phase du projet.

 

Une vision nécessaire à la qualité de la prospective et à celle de nos normes

Axé sur la pratique, le projet a pour objectif d’apporter des bénéfices concrets et une plus-value directe à nos 16 000 membres en leur proposant des critères étayés et des arguments de fond dans l’exercice de leur profession au quotidien. Dans un même temps, « La Suisse 2050 » développera les bases nécessaires à l’évolution de nos normes, pour la qualité de la prospective, celle des prestations de service et de la formation continue de la SIA. Enfin, le projet favorisera la collaboration entre les architectes et les ingénieurs en s’inscrivant pleinement dans la tradition interdisciplinaire de la SIA.