La deuxième conférence annuelle des présidents SIA s'est concentrée sur les enjeux du
Projet de territoire suisse et sur la remise de prix et distinctions par les sections, les sociétés spécialisées et les groupes professionnels de la SIA. A sa manière et à des degrés certes différents, chacun de ces deux objets met en lumière les limites du fédéralisme.
Pour leur seconde rencontre annuelle, les membres de la direction ont retrouvé les présidentes et présidents des groupes professionnels, des sociétés spécialisées et des sections les 24 et 25 octobre à Winterthur. En introduction de son exposé sur le
Projet de territoire suisse, Martin Eggenberger, président de la Fédération suisse des urbanistes (FSU), a rappelé qu'à chaque seconde, un mètre carré supplémentaire du territoire national est accaparé par la construction. L'aspiration à toujours davantage d'espace, couplée à l'augmentation de la population résidentielle et du nombre de ménages, aboutit à une forte croissance de la demande de surface par personne. La Suisse est de plus en plus grignotée par une urbanisation dispersée, qui engendre des coûts d'infrastructure et d'entretien exorbitants, surcharge l'environnement et menace l'agriculture. Face à cette consommation effrénée du sol, on a 244'000 hectares de zones à bâtir qui ne le sont plus, mais qui demeurent à 40% non construites, ainsi que d'anciens ensembles d'habitation et des friches urbaines sous-exploités. Autrement dit, le développement territorial de la Suisse n'est pas soutenable, comme l'a expliqué M. Eggenberger. Un constat partagé par l'Office fédéral du même nom (ARE) dans son rapport sur le développement territorial, publié au printemps 2005. Ce document analyse les politiques jusqu'ici appliquées dans notre pays et présente un
Projet de territoire suisse basé sur les critères du développement durable.
Berne ne serait pas une aire métropolitaine
Dans la mesure où ses objectifs fondamentaux visent à contenir la dispersion urbaine et à densifier les principaux centres économiques, afin de préserver des espaces naturels encore intacts et d'un seul tenant, le concept élaboré par l'ARE représente un pas dans la bonne direction selon Martin Eggenberger. La nouveauté contenue dans le document est l'articulation du territoire en trois aires métropolitaines, soit Zurich, la région Bâle-Fribourg-Mulhouse et le bassin lémanique. Désignée comme capitale régionale, Berne ne constitue donc pas une aire métropolitaine dans le nouveau projet territorial. La capitale helvétique s'insurge évidemment contre cette rétrogradation. De plus, le maillage de ce réseau réduit à quelques métropoles est en flagrante contraction avec la politique menée jusqu'ici en faveur d'une Suisse polycentrique. En effet, ne pas avoir le statut d'aire métropolitaine entraîne des conséquences majeures : le raccordement de Berne aux lignes ferroviaires européennes à grande vitesse n'est par exemple plus une priorité. Tandis que Berne est ainsi appelée à développer son profil régional propre, son futur rayonnement international passe donc au second plan et il en va de même pour son rattachement aux autres centres du pays et à l'étranger.
La FSU reconnaît le potentiel du projet
Nombre d'experts accueillent favorablement le projet territorial élaboré. Notamment parce que Pierre-Alain Rumley, directeur de l'ARE, souhaite que ce texte fonde de nouvelles obligations : il estime en effet indispensable de centraliser davantage l'aménagement du territoire, avec un pilotage global des orientations pour l'ensemble du pays. Mais les cantons se défendent farouchement contre toute réduction de leurs prérogatives dans ce domaine. Selon Martin Eggenberger, la FSU considère la stratégie de concentration sur un petit nombre de grands centres comme une démarche viable. Sur la question concrète du rattachement de Berne aux lignes TGV, la FSU n'est en revanche pas convaincue que la capitale politique doive demeurer à l'écart du réseau et renoncer à un rayonnement international. Pour la FSU, il importe que le projet territorial permette des choix décisifs, suivis d'une mise en Suvre effective. Il s'agit en particulier d'en préciser les aspects contraignants, puisque la Confédération est pour l'heure dépourvue de compétences pour un aménagement du territoire au niveau national. Il faut donc examiner la transposition du
Projet de territoire suisse en plans directeurs cantonaux et planifications fédérales. La FSU propose par exemple de rendre l'application du document obligatoire sur le plan fédéral. Et la Fédération aimerait y trouver une claire préférence pour les transports publics, ainsi qu'une clé de répartition des flux financiers de la Confédération aux régions qui soit conforme au concept arrêté.
Le fédéralisme poussé dans ses retranchements
Les échanges qui ont suivi l'exposé ont abouti à deux conclusions claires : la Berne fédérale doit être dotée de davantage de compétences en ce qui concerne l'aménagement du territoire national et la SIA doit se préoccuper du dossier de projet territorial, selon l'avis exprimé par la quasi majorité des présidents présents. Comme l'a résumé Daniel Kündig, président de la SIA :
Qui, sinon la SIA, doit faire entendre sa voix dans les débats sur le projet territorial? Il a en outre prôné la nécessité d'une telle démarche pour l'ensemble de la Suisse, soit un concept qu'il n'est pas possible de mettre en Suvre de manière fédéraliste. Rappelant que les économistes avaient franchi le pas depuis longtemps en découplant les zones économiques des frontières politiques, D. Kündig préconise une approche de haut en bas pour l'aménagement du territoire. Ce qui ne revient nullement à ignorer les spécificités régionales : au contraire, il s'agit non seulement de prendre en compte les aires de concentration urbaine, mais aussi la région alpine et les zones forestières. Le président du groupe professionnel Sol/Air/Eau, Fritz Zolliger, a formulé cela de manière plus lapidaire : sur le plan technique, la Confédération décide des liaisons aériennes entre la Suisse et l'étranger, ainsi que du développement des réseaux routiers et ferrés, tandis que tout le reste est du ressort des cantons et des quelques 2700 communes que compte le pays. Or, si l'on veut mettre fin au
saucissonnage croissant qui a prévalu jusqu'ici, il est impératif que la Confédération puisse reprendre des tâches centrales indispensables à un développement coordonné. Le président Kündig et d'autres participants constatent en outre que, dans son état actuel, le projet territorial constitue avant tout une analyse de nature technique et économique, mais que les aspects proprement territoriaux et en particuliers conceptuels n'y sont pas traités. On relèvera également l'intervention de Daniel Biaggi, président de l'Association suisse des géologues (CHGEOL), rappelant un autre facteur insuffisamment pris en compte par l'actuel projet territorial : son impact sur les ressources du sous-sol. Quant à Lorenz Bräker, président du groupe professionnel Architecture, il a appelé à explorer des mécanismes de compensation destinés à compléter les stratégies de densification, afin de dégager des situations synonymes d'avantages pour toutes les parties concernées.
Des engagements importants
La seconde partie de la conférence des présidents a été consacrée aux diverses distinctions et autres prix, décernés aussi bien par les groupes professionnels, que par les sections ou les sociétés spécialisées de la SIA. L'enquête menée par le secrétariat général pour les années 2005 et 2006 fait état d'une multitude d'activités dans ce domaine. La plupart d'entre elles profitent au domaine de la formation et les distinctions d'architecture se taillent la part du lion. Tant l'engagement personnel que les moyens financiers consentis représentent un effort important. Il est ainsi apparu qu'à eux seuls, les sections, les sociétés spécialisées et les groupes professionnels ont investi un total de 130'000 francs dans des prix en espèces durant les deux ans passés en revue. En dépit de cet important engagement, les responsables de ces actions semblent peu au fait de ce que font leurs homologues dans les divers organes concernés et leur générosité demeure relativement ignorée du grand public.
Regrouper les forces
Tous les participants l'ont admis : la remise de prix et distinctions constitue un engagement essentiel de la SIA. Deux objectifs prioritaires devraient être poursuivis à l'avenir. D'une part, les écoliers et écolières devraient être motivés à apprendre un métier SIA ou être soutenus durant leur formation dans ce sens. D'autre part, on veut sensibiliser le public au travail fourni par les professionnels SIA en distinguant des ouvrages réalisés par les membres de la Société. Un souhait de transparence accrue concernant les activités des uns et des autres est perceptible chez tous les présidents. On ressent également la nécessité d'uniformiser les procédures dans ce domaine et l'élaboration d'une check-list a été évoquée pour les organisateurs de tels prix. Enfin, il faudrait définir des exigences minimales applicables aux distinctions remises sous le label SIA et veiller à la publication systématique des appels à candidatures dans TEC21 ou TRACÉS. Des propositions pour un premier train de mesures doivent être élaborées cette année encore, afin d'être à nouveau discutées lors de la première conférence des présidents de l'an prochain.
Préparation de l'AG
Au cours des dernières années, la SIA a engagé de nouvelles actions importantes qui profitent aussi bien à ses membres qu'à l'environnement naturel et construit en Suisse. Citons notamment SIA-Service avec les prestations offertes aux membres bureaux, ainsi que SIA-Form, qui a notablement renforcé son offre de formation continue en Suisse romande et au Tessin en particulier. Mentionnons aussi l'important développement du recueil de normes et les efforts accrus en matière de relations publiques. Ces activités génèrent des coûts qui ont jusqu'ici principalement été couverts en puisant dans les réserves de la SIA. La direction souhaite maintenant mettre un terme à cette pratique en proposant aux délégués d'accepter une augmentation à 300 francs de la cotisation individuelle minimale jusqu'ici fixée à 250 francs. Le 28 novembre prochain, il serait ainsi possible de soumettre au vote des délégués, un budget 2009 équilibré sans recourir à la dissolution de réserves.
Au surplus, deux requêtes d'admission de sociétés spécialisées seront à nouveau à l'ordre du jour : tant la Société suisse des ingénieurs en chauffage et climatisation (SICC), que la Centrale suisse des constructeurs de fenêtres et façades (CSFF) souhaitent devenir des sociétés spécialisées de la SIA. Le groupe professionnel Technique et Industrie verrait d'un très bon Sil l'adhésion de ces deux sociétés, les deux requêtes étant également soutenues par les groupes Architecture et Génie civil. La direction soumettra donc leur admission à l'assemblée des délégués de novembre. La requête de la CSFF sera toutefois l'occasion de débattre la question des limites dans lesquelles des sociétés représentant avant tout des fabricants et des fournisseurs ont leur place au sein d'une association de concepteurs et prescripteurs.
A l'issue de la conférence des présidents, Claudia Schwalfenberg, directrice des groupes professionnels Architecture et Génie civil a encore informé les participants sur la Journée du GPA fixée au 12 juin 2009. Placée sous le thème
Bildung für nachaltiges Bauen - Disziplinen auf dem Prüfstand (Formation à la construction durable - Les disciplines au banc d'essai), la manifestation d'une journée aura lieu à la Science City sur le campus EPF de Hönggerberg à Zurich. Sous la houlette de Andrea Deplazes, membre de la direction SIA, et Günter Vogt, architecte paysagiste, la matinée sera consacrée à des questions telles que
Coefficients de consommation énergétique en lieu et place d'esthétique?,
Changement climatique et formation architecturale ou
Avant-garde de la conception durable de projets? Le message sous-jacent à la formation des architectes paysagistes. L'après-midi sera réservé à la visite de Science City sous la conduite du professeur Gerhard Schmitt.
Thomas Müller, responsable RP / Communication SIA
A propos du Projet de territoire suisse
En mai 2006, la Confédération, les cantons, les villes et les communes ont convenu d'élaborer ensemble un Projet de territoire suisse. Dans ce cadre, il s'agit pour la première fois d'adopter une vision unifiée, destinée à servir de base à un aménagement du territoire coordonné entre les différents niveaux d'intervention étatique. Ce projet territorial pour la Suisse doit montrer la voie à suivre par l'ensemble du pays, si nous voulons laisser aux générations à venir un espace vital intact et fonctionnel. Un tel effort coordonné de la Confédération, des cantons, des villes et des communes constitue une première. Le projet ne vise pas seulement à améliorer la coordination entre les trois niveaux du pouvoir étatique en matière d'aménagement, il concrétise aussi l'aspiration à davantage de collaboration et à la consultation d'un public élargi. Il s'agit d'un processus aux objectifs clairement définis, mais dont l'issue est encore largement ouverte.
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