31.10.2007
Fin du système de formation dual
A l'issue d'une table ronde organisée en septembre sous l'intitulé " Education Bolognese ? Bildungsreform und intellektuelle Dienstleistung " (Éducation bolognaise ? Réforme de la formation et prestations intellectuelles), le constat est unanime : la réforme dite de Bologne peine toujours à convaincre, tandis que le système de formation dual qui avait fait ses preuves en Suisse - distinction entre deux filières, avec les écoles à vocation professionnelle d'un côté et les cursus académiques dispensés dans les institutions universitaires de l'autre - a vécu. La concurrence et les guerres d'évaluation font rage entre les écoles, mais la qualité de la formation en souffre et l'économie a de plus en plus de mal à recruter les profils recherchés.
Membre de la direction de la SIA et directeur du département d'architecture à l'EPFZ, Andrea Deplazes a admis que la réforme de Bologne constituait une approche intéressante, non dénuée d'avantages pour une mobilité accrue des étudiants par exemple. Elle a aussi eu le mérite d'ouvrir un questionnement critique du système de formation suisse. Mais elle n'a pas été suffisamment réfléchie, ni réellement envisagée dans toutes ses conséquences. Ce travail incombe dès lors aux écoles et cela se traduit par des défauts de coordination au niveau des programmes.
Mauvais critères d'évaluation
Deplazes a également déploré le système d'évaluation imposé - les crédits d'étude -, ainsi que la lutte de quotas qui s'est instaurée entre écoles. Aujourd'hui, ces dernières se mesurent notamment au nombre d'étudiants qu'elles accueillent. Cela ne répond évidemment pas aux questions essentielles concernant leur qualité et celle de la formation qu'elles dispensent effectivement.
Potentiel existant
Président de la Commission fédérale des Hautes écoles spécialisées, Stefan Bieri a reconnu un certain flou en ce qui concerne le profil des différentes écoles. Il croit toutefois au potentiel de la réforme de Bologne, pour autant qu'elle soit correctement appliquée, mais doute que ce soit l'affaire des Hautes écoles elles-mêmes. Bieri est également convaincu que certains problèmes sont dus à une démarche erronée : selon lui, il ne suffit pas de restructurer les filières de diplôme existantes ; il faut concevoir de nouveaux cursus de formation étagés.
Garantir la qualité
Les représentants des Hautes écoles ont quant à eux rejeté le reproche d'une approche fautive. Le président de la SIA s'est fait le porte-parole de ceux qui considèrent que le développement et l'application de la doctrine de Bologne contredisent une tradition suisse éprouvée, dans la mesure où elles enterrent le système dual, dont la mission première était - hors tout jugement de valeur ou considération hiérarchique - de transmettre deux formes d'excellence : l'une mesurée à l'aune professionnelle, l'autre à des critères académiques. Cette solution serait seule à même de garantir la qualité exigée pour l'aménagement d'un cadre de vie durable. Or en dépit de ses avantages en matière de mobilité et d'ancrage international, le modèle de Bologne - avec son système de crédits et de points excessivement basé sur la quantité au détriment de la qualité - engendre des profils mal définis, auxquels les établissements de formation, ainsi que le monde économique, doivent maintenant associer des contenus concrets.
Recrutement plus difficile
Aussi bien Arthur Wettstein, CEO de Karl Steiner SA, que Dominik Courtin, membre de la direction du bureau d'ingénieurs Basler et Hoffmann, ont fait part de leurs difficultés croissantes pour engager de nouveaux collaborateurs en adéquation avec les postes à pourvoir. Pour réaliser leurs projets, ils ont en effet tout autant besoin de diplômés universitaires ou EPF rompus aux réflexions systémiques et conceptuelles, que de professionnels issus des Hautes écoles spécialisées qui maîtrisent les méthodes et applications en jeu. Ils ont expliqué que les qualifications se trouvaient aujourd'hui brouillées au point que les recruteurs devaient souvent faire appel à de coûteuses batteries de tests, pour déterminer eux-mêmes ce qu'un diplôme suffisait auparavant à établir : qui peut faire quoi avec quel type de formation.
Le bachelor ne constitue pas un remplacement
Daniel Kündig est venu confirmer que l'écart entre les qualifications des diplômés et les besoins de l'économie ne cessait de se creuser. La SIA et ses membres bureaux en particulier constatent en effet que si la demande de professionnels bien formés ne fléchit pas, l'offre de ces compétences sur le marché se fait en revanche de plus en plus rare. Il a notamment été question du profil de " constructeur-réalisateur " expérimenté, formé dans les écoles techniques traditionnelles, qui devient toujours plus difficile à trouver. Pour lui, l'argument des réformateurs selon lequel les titulaires du bachelor seront à l'avenir appelés à remplir ce rôle essentiel, ne tient pas, car la durée relativement courte de leur formation ne leur confère pas le bagage professionnel suffisant.
Recul de l'apprentissage
Le maintien de la qualité suppose des gens bien formés, que ce soit dans les EPF ou les HES. Et pour aboutir à cette excellence, il faut des filières de formation et d'apprentissage qui commencent déjà au niveau secondaire. Dans la pratique, on a d'une part besoin d'esprits conceptuels au bénéfice d'une formation gymnasiale humaniste, et de l'autre de compétences précises, dont la base est assurée par les filières de l'apprentissage et de l'école professionnelle. Mais, selon Kündig, les trois-quarts des étudiants des Hautes écoles spécialisées romandes ont aujourd'hui une maturité en poche. Il y voit une évolution malsaine, dans la mesure où elle sonne le glas d'un type de formation et de perfectionnement professionnel unique, ayant largement prouvé sa valeur, qui commençait par l'apprentissage. Une disparition programmée des apprentis vue comme la suite malheureuse, mais logique, d'un système de subventions qui fait dépendre du nombre d'étudiants l'importance des soutiens financiers alloués aux écoles.
Réagir en amont
Président de la section zurichoise et organisateur de la table ronde dans le cadre d'une série de manifestations consacrées à l'interdisciplinaire, Sacha Menz pense aussi que l'origine du problème est à considérer dès les niveaux secondaire et gymnasial, où il pense que la compréhension du système de formation dual se trouve brouillée. Abondant dans ce sens, Arthur Wettstein accuse les quotas de certificats de maturité délivrés, à l'aune desquels les cantons se mesurent entre eux. L'objectif consistant à augmenter le plus possible le nombre de titulaires d'une maturité amorce le déclin, voire la suppression de l'apprentissage, alors que le monde du travail continue à dépendre de forces vives expérimentées, formées par ce biais.
Thomas Müller, responsable RP/Communication SIA
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